dimanche 13 septembre 2009

Le désir de reprendre le cours de ce blog est au rendez-vous. Hier soir, je suis rentré dans ma maison pour les derniers préparatifs, lundi matin je retournerai chez mon fils.

Tout à l'heure, je me suis réveillé dans le noir. Il était presque 6 h. J'ai posé sur la platine un vieux vinyle de Miles Davis, un disque que mon ami Jacques m'a offert pour un anniversaire, il y a très longtemps maintenant. J'ai fait du café très fort et j'en ai bu une tasse, assis par terre, devant les baies vitrées. Je voyais une ombre se dessiner sur l'aube qui pointait: le chien se dégourdissait les jambes. A la fin de la première tasse de café, la meilleure de la journée, tout s'est figé. Le chien s'est arrêté et assis sur ses pattes arrières il a semblé regarder au loin le rose qui envahissait petit à petit le ciel. J'ai posé la tasse et j'ai commencé une prière, douce au début, remerciant Dieu pour tant de beauté, de générosité, puis fervente, lui demandant de toutes mes forces de guider ceux à qui nous avons cédé le pouvoir, qu'il soit politique mais surtout religieux. Qu'il sache leur montrer la voie de la générosité, voie qui semble pour l'instant bouchée. Puis j'ai prié pour ceux qui ne sont plus: mes parents, un beau-frère que j'aimais beaucoup, ma fille. J'ai prié de toutes mes forces pour que la paix leur soit offerte comme l'ultime cadeau.

Quand j'ai ouvert les yeux, le chien s'était tourné vers moi et me regardait. La journée peut commencer. Je vais préparer un rôti de porc aux figues et des champignons sautés, une soupe aux orties pour ce soir (une recette de ma grand-mère). Mes voisins les plus proches viendront sans doute me rendre visite à l'heure du thé, comme souvent le dimanche.

samedi 12 septembre 2009

Il est tellement difficile de reprendre le cours d'un blog après une longue absence. J'ai passé un été très reposant, sans voyage, entouré de mes fils, leurs compagnes/compagnons respectifs et ma petite-fille Claire qui est une enfant étonnante. Toute la tribu a passé un bon mois autour de l'étang, dormant parfois à la belle étoile. Non, je n'ai pas voyagé. Pas de Californie, pas de Canada, pas d'Italie. Mon fils aîné semblait soucieux, comme si ce voyage immobile de l'été était un signe de lassitude, de fatigue ou même de dépression. Mon plus jeune, en revanche, n'a pas manqué me faire remarquer que je vieillis. Il a raison, comment lui en vouloir. Je lui ai expliqué que cependant, je n'en ressens aucun désagrément. J'ai la chance d'avoir une assez bonne santé, en dépit de problèmes cardiaques passés qui sont bien soignés et jugulés. Je savoure ce moment de la vie.

La retraite, cependant, est mise à mal. J'ai repris du service pour un semestre dans une université du nord de l'Italie. Mon séminaire commencera ce mercredi, à 4 heures de l'après-midi. Ainsi, je passerai les vendredis, samedis et dimanches dans ma maison, les lundis je partirai chez mon plus jeune fils (l'aéroport de sa ville offre une ligne aérienne parfaite pour rejoindre les petites destinations italiennes), les mardis je prendrai donc un avion direct pour le petit aéroport italien, les mercredis j'animerai mon séminaire, les jeudis je rentrerai chez mon fils et tout recommencera, jusqu'au mois de février où mon contrat s'arrêtera. J'ai choisi ce rythme pour ne jamais devoir me presser, toujours avoir à ma disposition du temps pour faire les trajets. Je suis très heureux de cette reprise, qui, même si je ne l'ai pas désirée, va m'offrir un lien étroit avec l'Italie que j'aime tant. Le sujet de mon séminaire reprend la plupart de mes recherches qu'elles soient scientifiques ou personnelles. En effet, je vais enseigner au sein de l'université catholique.

Mon plus jeune fils est parti en long voyage pour son travail de photographe-reporter. Les murs du salon d'où j'écris ces mots sont couverts de photographies encadrées. Beaucoup ont été prises par lui. Il y a notamment ce portrait de sa nièce, la petite Claire, portrait si juste. Il y a aussi une collection sur les femmes du monde, des petits formats assemblés sur le mur au dessus des étagères. Ces femmes font la cuisine, lavent les enfants, lisent, travaillent, pleurent ou s'ennuient. Un livre est sorti de cette belle série et il en est très fier.

mercredi 22 avril 2009

Je pratique le yoga depuis l'âge de 35 ans environ. Compte tenu de mon âge très avancé, cela fait donc assez longtemps que je soumets mon corps et mon esprit à l'Ashtanga Yoga. Ma charmante belle-fille m'a proposé une séance de yoga aquatique. La première fois que j'ai entendu parler de cette pratique pour le moins originale c'était il y a quelques années en Californie. Comme je ne peux rien refuser à mon adorable belle-fille, je l'ai suivie pour une séance que, contre toute attente, j'ai adoré. J'ai retrouvé certaines postures de l'Ashtanga, mais la troisième dimension que procure l'eau (puisqu'elle nous "porte") donne une sensation d'apesanteur qui rend la méditation tout à fait légère. De plus, l'apnée nécessaire à la réalisation de certaines postures régule naturellement la respiration. Ma seule réticence viendrait, justement, de ce manque d'appui sur la terre qui nous relie aux énergies.
Je suis très tenté de poursuivre cette recherche aquatique. Je pourrais toujours pratiquer en été, dans mon étang. Cela resterait un moment de l'année privilégié pour mon yoga quotidien.

dimanche 19 avril 2009

Je suis chez mon fils aîné. Tout le monde s'affaire autour de moi, ma petite-fille gazouille gentiment en jouant. Dans une heure, un ami viendra partager notre déjeuner dominical. C'est un ami que j'ai rencontré par le biais de ce blog. S'il connaît mon plus jeune fils, c'est la première fois qu'il rencontrera mon fils aîné, ma belle-fille et notre petite Claire. Son voyage professionnel dans la ville de mon fils ne pouvait pas mieux tomber. Ce matin, très tôt, je suis allé acheter des asperges vertes nouvelles, de beaux filets de cabillaud et un dessert. De la fenêtre, je vois le lilas en fleur dans la cour, la Messe en Ut mineur de Mozart joue sur la platine laser. C'est un très beau moment qu'il faudrait fixer. Le meilleur moyen est encore de l'imprimer au fond de son coeur.
Mon fils m'a offert un très beau fac-similé d'une Bible du XVIè siècle. J'essaierais d'en publier quelques pages, parmi les plus belles, si mon fils daigne m'expliquer comment procéder. Après le repas, mon fils nous emmènera tous dans les secrets du plus beau jardin du monde. Il en possède toutes les clés. Je sais que ce cadeau sera très apprécié par notre invité.

lundi 30 mars 2009

Le printemps est arrivé. Mon hiver a été bien rempli. Je n'ai fait qu'un tout petit voyage dans un lieu que j'aime tout particulièrement : Assise, la ville de Saint-François, en Italie. J'en reviens juste.
Ce fut cinq jours de pur bonheur, de félicité. J'étais hébergé par des frères avec qui je partageais la soupe. J'ai beaucoup prié, surtout pour l'Eglise qui est bien éprouvée. Difficile de se reconnaître dans la religion Catholique Romaine avec tout ce que son chef spirituel peut dire comme...n'ayons pas peur des mots...idioties. Mais tout cela n'entame pas ma foi, solide et solaire, foi que j'ai toujours eu et qui ne me quittera pas.

Mon fils, le plus jeune, a déménagé. Il a quitté la ville où il a fait toutes ses études pour une ville bien plus grande. En pleine crise financière, il a acheté un appartement. J'ai essayé de l'en dissuader au début, puis je me suis rendu compte qu'il avait amassé beaucoup d'argent ces dernières années, avec ses photos qui se vendent très bien. Et dire que je le voyais toujours comme un adolescent insouciant ! J'ai aidé à quelques travaux de rafraîchissement et une fois meublé, l'endroit petit mais très bien agencé m'a séduit et je l'ai félicité pour sa prévoyance. Comme il est souvent en voyage, je me suis un peu installé chez lui, faisant des allers-retours entre ma campagne et son pied-à-terre. J'ai pu apprécier un peu mieux cette si belle ville, culturellement riche et gastronomique en diable. J'y compte très peu de connaissances, mais la qualité compense largement la quantité défaillante. Ma petite-fille grandit. Être grand-père est le couronnement total de la paternité. Je n'aurais jamais pensé ressentir cela après les grands bonheurs d'être père qui me semblaient indépassables. Même si de l'extérieur, on pourrait me plaindre (divorcé etc...), je savoure cette chance extraordinaire d'être en vie et d'avoir une si belle famille.

A Assise, j'ai parlé avec un frère parfaitement francophone qui m'a beaucoup éclairé sur la mystique franciscaine. Dans les semaines qui viennent je compte lire plus de livres sur ce Saint-François que n'en contient ma bibliothèque à son sujet.

mercredi 31 décembre 2008

Depuis une semaine, mes enfants (et je compte ma belle-fille au nombre de mes enfants) et ma petite-fille sont chez moi. C'est la première fois que nous sommes tous réunis pour une si longue période. Il a été décidé que chacun prendrait deux semaines de vacances pour les passer ici, à la campagne. Nous avons passé le réveillon puis la fête de Noël devant la cheminée, enroulés dans des plaids à discuter, jouer aux cartes, manger et écouter de la musique. Quelques amis, dont Jacques, sont passés nous voir occasionnellement. En revanche, j'ai été seul à partir pour l'église. J'ai aimé l'homélie de la nativité.
J'ai été très gâté. Trop sans doute. Chacun voulait me combler de présents. Un disque m'a particulièrement fait plaisir: Une compilation des chansons de Sylvie Vartan que j'adorais quand j'étais plus jeune. En ce moment même, alors que la jeune génération est partie en courses, glaner les derniers ingrédients d'une raclette géante prévue pour la soirée, j'écoute "la maritza". L'air mélancolique de cette belle chanson me fait monter les larmes aux yeux.
Une université étrangère avec laquelle j'ai travaillé jadis sur des projets ponctuels, me demande de reprendre du service pour un semestre, l'an prochain. En partant à la retraite, je pensais bien être sollicité, mais je n'imaginais pas à ce point. Cela mérite réflexion. Mes recherches n'ont pas cessées, elles sont tout simplement de l'ordre de l'intime et ne sauraient intéresser des étudiants, soient-ils inscrits dans une université catholique.

samedi 4 octobre 2008

Quand nous étions tous réunis, dans ces années où je n'étais pas encore divorcé, j'aimais les samedis d'automne. Mon épouse préparait des plats pour le week-end afin de n'avoir plus à cuisiner. Elle préparait plusieurs viandes, des légumes du jardin. Moi, je m'occupais de la pâtisserie. Je faisais des cakes, des madeleines, des îles flottantes. Il y avait de quoi animer le thé du samedi et le thé du dimanche. J'aimais faire une flambée, mettre de la musique. Le plus jeune était au foot, l'aîné dans sa chambre, faisant ses devoirs (déjà studieux l'aîné). Je m'isolais dans mon bureau, à l'étage, mais je laissais la porte ouverte. Je préparais mes cours, je recopiais à la machine à écrire un article à paraître dans une revue spécialisée, ou bien je flânais dans les livres, les journaux. Surtout, j'aimais les soleils du début d'automne, cette lumière douce mais brillante.
Tout cela n'a pas disparu. Je suis désormais seul dans cette maison que j'ai fait construire, mais les samedis n'ont pas changé. Je ne travaille plus, je n'ai pas de compagne, mes enfants sont grands, mais rien finalement, n'a changé. Je fais de la pâtisserie, j'écoute de la musique, je recopie des notes (mais sur mon ordinateur maintenant), je regarde la lumière. Ce qui est rassurant dans cette vie, c'est qu'il est possible de traverser l'impermanence, d'en déjouer les pièges, la tristesse. Ce qui peut nous aider c'est ce qui dure, ce qui est éternel. Et Dieu fait le reste.